Avant, c'était pas pareil
Par Quackmore, le 23 Septembre 2008 Ajouter un commentaire
C'est une chose que tu as dite. Trois fois rien. C'est un geste, c'est un rire.
Avant, c'était pas pareil. Avant, je me rendais pas compte. Quand je te regardais, c'était merveilleux. Maintenant, je ne pose plus mes yeux sur toi parce que ce serait désastreux.
On a dû être heureux à un moment donné. J'imagine que oui, mais enfin à présent je me pose quand même la question, parce que ça me paraît invraisemblable. Ou plutôt non. Dire une chose pareille c'est se projeter dans le futur. Il y a trois secondes, tu étais la chose la plus précieuse au monde. Je me souviens que tu l'étais. Je le sais. Je ne l'accepte plus. A cause d'une chose, d'un geste, d'un rire. A cause de toi, en fait.
Pourtant, il y a trois secondes, et même avant, tu étais profondément toi. Je t'admirais tout le temps, avant. Mes journées ne tournaient qu'autour de toi. Mes pensées n'allaient que vers toi. Tu étais le seul, l'unique. Tu régentais ma vie. Je ne l'ai pas simplement laissé faire : je l'ai voulu, je l'ai provoqué. J'étais malheureuse quand tu n'étais pas là. Ce qui revient à dire que je chialais tout le temps comme une madeleine. Je ne t'aurais pas choisi si tu n'étais pas si absent. Mais j'étais comblée quand tu étais avec moi. La vie n'était qu'une longue suite de béatitudes et de ravissements. Ma vie, c'était toi.
Et puis tu as prononcé ce mot, tu as eu ce geste, ou tu as ri, et cela m'a déplu. Ce qui est peu dire, parce qu'au fond, j'aurais bien voulu être anihilée pour n'en rien voir. Au début je n'en revenais pas. Ce n'était pas toi, ce n'était pas possible. Je comprends désormais. Tout ce que j'ai bâti entre nous ne reposait que sur cet unique petit instant. Sans cela je n'aurais rien entrepris. Je t'ai choisi parce que j'ai choisi de souffrir et d'apprendre. Il me fallait à un moment ou à un autre ouvrir les yeux, et prendre une baffe en constatant qu'en réalité, tu es comme les autres. Tu ne casses pas trois pattes à un canard.